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Les grands migrateurs ont disparu des grands fleuves de l'hexagone, ou sont proches de l'extinction ; par contre les saumons et les truites de mer arrivent à se maintenir – parfois même très bien! - sur les petits fleuves côtiers (car les obstacles à la migration sont moins nombreux sur ceux-ci).
Concernant nos truites résidantes, la situation est disparate et parfois très alarmante. Les populations ont été mises à mal durant les dernières décennies et le sont toujours actuellement sur certains cours d'eau. C'est indiscutable. Mais sans être atteint d'un optimisme exagéré, il est aussi incontestable que nos truites fario arrivent à se maintenir ici et là, y compris même dans certaines rivières perturbées… comme s'il y avait un effet de résistance de l'espèce malgré la dégradation de leur biotope.
Dans la nature, le comportement des espèces animales est dicté par deux règles essentielles: survivre (échapper aux prédateurs, se nourrir…) et se reproduire.
Concernant la reproduction, il n'y a qu'à voir avec quel "dévouement" nos salmonidés s'emploient à cette tâche! Prenons l'exemple du saumon, comment ne pas admirer son formidable courage dans le
seul but d'assurer sa descendance, malgré les milles et une embûches dressées sur sa route?
Si l'expression "la nature a horreur du vide" est parfois accommodée à toutes les sauces, elle convient assez bien aux truites sauvages qui possèdent justement cette formidable capacité à pouvoir
recoloniser une rivière d'où elles avaient quasiment disparues.
J'ai d'ailleurs à ce sujet un exemple en tête: une rivière dont j'ai oublié le nom avait été dévastée par une crue centennale. Sur plusieurs kilomètres toute la faune aquatique - y compris les
truites - était détruite. Le secteur fut aussitôt mis en réserve et on procéda à un alevinage massif. Quelques années plus tard on organisa une pêche électrique, et on constata que les truites
avaient recolonisées tout le secteur. Des truites furent gardées pour une analyse génétique qui dévoila qu'elles étaient toutes indigènes (!), aucune n'était d'origine domestique. Explication:
quelques géniteurs sauvages avaient survécu, et ils avaient rapidement recolonisé le secteur dévasté. Cela démontre bien que les espèces locales sont hyper adaptées à leur milieu et qu'elles sont
forcément les mieux placées pour survivre et se reproduire dans celui-ci!
Ce bel exemple ne servirait à rien si on n'en tirait pas quelques enseignements. Sur les rivières où le mal est déjà fait, la situation est forcément irrémédiable. En revanche, dans des contextes
seulement perturbés, la mise en place d'un plan d'actions simples afin de restaurer un cours d'eau pourra permettre aux populations de truites de remonter très rapidement. C'est ce qu'ont
d'ailleurs compris depuis longtemps certains gestionnaires. Prenons le cas d'une buse infranchissable: en aménageant celle-ci afin de rétablir la libre-circulation, on permettra aux géniteurs
d'atteindre en amont de nombreuses frayères qui étaient jusqu'alors hors d'atteintes. Parfois il peut suffire seulement d'un petit coup de pouce pour inverser les choses. La nature se chargera du
reste.
28 octobre 2007.