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Truites & Cie
 


Si Truites & Cie a été publié en 1988, il n'a été traduit en Français que récemment (il était temps!), grâce à Oliver Gallmeister - ancien directeur financier chez Hachette - passionné de pêche à la mouche et de littérature américaine. Il a créé en 2006 les éditions qui portent son nom et dirige la collection Nature Writing. Ce genre littéraire, majeur aux Etats-Unis, se veut un plaidoyer pour les grands espaces américains et s'attache à faire découvrir la richesse littéraire de l'ouest américain.    

John Gierach - nature-writer (eh oui dans cette Amérique là on peut être un « nature-writer » et pêcheur ou chasseur: ça serait un peu plus difficile à comprendre en France…) - nous livre ici un recueil de chroniques autobiographiques savoureuses, bucoliques et bourrées d'humour. Dans ces fables délectables il est bien sûr question d'histoires de pêche entre copains (où il a parfois fallu rouler toute la nuit "en avalant des litres de café de station-service pour tenter de rester éveillé" pour enfin se retrouver au petit matin les pieds dans l'eau), de bivouacs qui "sentent bon l'odeur du café", de montages de mouche, d'anecdotes cocasses… Mais l'auteur nous fait part aussi de son immense expérience, lui qui a passé énormément de temps au bord de l'eau à observer la rivière, grâce à son métier en free-lance qui lui laisse énormément de temps libre pour aller à la pêche: "C'est vrai, quoi, qu'est-ce que j'ai de mieux à faire de toute façon? Gagner ma vie?"  

Truites & Cie nous entraîne dans l'ouest américain, au pays des grizzlys et des truites cutthroat, dans ces grands espaces qui nous font rêver. Nous découvrons cette nature brute et primitive, ces paysages sauvages et montagneux : le Montana, le Wyoming, ou encore les Rocheuses du Colorado où les rivières coulent dans des canyons aux tons rouge et sable. Gierach évoque bien sûr ces rivières mythiques comme l'Henry's Fork dans l'Idaho (les éclosions d'éphémères - réglées comme un "coucou suisse" - y sont fantastiques et s'ensuivent de retombées massives d'imagos …) ou de la South Platte qui a bien failli disparaître à cause d'un projet de construction d'un immense barrage ("et les eaux engloutiront tout ça"). Ce projet fou mais… rentable (hic) tombera heureusement à l'eau (si j'ose dire) grâce à la mobilisation et la détermination de nombreux opposants: associations de protection de l'environnement et …pêcheurs. Et de rappeler au passage que pêche récréative rime aussi avec écologie, l'auteur s'étant largement impliqué dans la sauvegarde des cours d'eau: "laisser une rivière à truites, fût-elle petite, sans surveillance, c'est comme laisser votre portefeuille sur le bar le temps d'aller aux toilettes: vous le retrouverez peut-être en revenant, mais s'il n'est plus là vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous-même".
Ce livre nous fait aussi découvrir la pêche en lac de plaine ou dans ces lacs d'altitude inaccessibles et sauvages – qu'il faut atteindre après plusieurs heures de marche - dont "un petit nombre n'a toujours pas de noms officiels" ou alors "des noms différents selon les pêcheurs"! Ce qui peut donner une idée de l’immensité de ces territoires restés encore sauvages.

 

John Gierach

John Gierach


Mais Truites & Cie n'est pas seulement un manuel de pêche ou un récit d'aventures: il s'avère aussi être un véritable petit traité de philosophie, où il arrive à notre écrivain-pêcheur de méditer sur notre passion. Comme sur la complexité de la pêche à la mouche et de ce qui constituerait "sa pureté", en se moquant au passage du perfectionnisme de certains puristes de la discipline (à ne pas confondre néanmoins avec les snobs – précise-t-il), lui qui se dit appartenir plutôt "au prolétariat ordinaire de la mouche", et que si "prendre des truites à la mouche sèche en eau vive est le plaisir suprême" […] "selon les circonstances, telle truite peut être meilleure que telle autre". Et de rajouter que la pêche à la mouche ne se résume pas à pêcher les salmonidés exclusivement, l'auteur affirmant sans honte faire partie "de ces pêcheurs à la mouche qui prennent les poissons communs à chair blanche au sérieux".
Ou encore en parlant de la passion qui nous anime, John Gierach écrit: "si vous voulez rester passionné jusqu'à la fin de vos jours, optez pour une activité qui ne puisse vraiment se réduire à une science exacte" ou s'amusant de nos petits travers comme ici de notre mauvaise fois: "on sait peu que le baromètre fut en fait inventé par un pêcheur. Son but originel n'était pas de mesurer la pression atmosphérique, mais de fournir des excuses d'allure vaguement scientifique aux praticiens bredouilles".

Et les poissons dans tout ça? Les eaux et lacs de l'ouest américain abritent bien sûr des truites phénoménales, "les arcs-en-ciel y sont grandes, dodues, en bonne santé et dures au combat". Dans "chasseur de têtes" John Gierach évoque le concept du gros poisson – en précisant au passage que la notion de taille ou de poids est toute relative -  et cette force mystérieuse qui pousse tout pêcheur à vouloir prendre un gros poisson même si "nous ignorons pourquoi nous le désirons, mais nous supposons que cette question se réglera d'elle-même si nous réussissons" et que finalement "n'est-ce pas la quête en elle-même qui compte pour nous – le fragile équilibre entre le réel, le possible et la promesse"? Et Gierach aussi de nous prévenir: si la pêche est une invitation au voyage, gare au syndrome du "toujours plus loin" pour aller rechercher dans des contrées toujours éloignées ces poissons énormes qui n'existent que dans notre imaginaire, car "gare à ne pas  porter ce regard triste et songeur par-delà les arbres alors que des poissons vous attendent à cinq minutes de marche".

Truite & Cie nous fait découvrir cette autre Amérique éloignée des fastfoods. Chef d'œuvre de la littérature halieutique, il se dévore d'une traite: à lire et à relire sans modération.  

Truites & Cie de John Gierach

Nature Writing
Editions Gallmiester – 226 pages

Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 18:09
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Billet12    Une des premières de l'année


"Est-ce qu'il y a de l'eau?". Voilà bien la sempiternelle question qui revient sur toutes les lèvres à chaque début de saison. Pour les régions de l'Ouest et du N-O (Bretagne, Normandie, Pas-de-Calais) la réponse est sans ambiguïtés : non. Après un voyage éclair en Bretagne, le constat est là : les eaux sont basses et claires pour la saison. Mêmes observations dans le N-O : des niveaux aussi bas qu'en 2010, là encore les nappes n'ont pas atteintes leurs niveaux de remplissage, et ce malgré un début d'hiver qui semblait prometteur en terme de précipitations. Et le temps des pluies efficaces sera bientôt révolu, il est même déjà trop tard, vu les températures enregistrées en ce moment!

 

Dans ce contexte, et si les choses devaient en rester là, le "spectre" de la saison 2010 (mais rappelons-nous aussi 2003 – 2004…) revient hanter tous les esprits. La saison de pêche de la truite dans ces régions, et a fortiori celle des migrateurs, s'annonce déjà compliquée. Et la saison 2011 verra certainement - à nouveau - son lot d'eaux basses, réchauffées, de poissons apathiques… les postes habituellement occupés resteront désespérément vides du fait de la faible hauteur d'eau… les poissons seront réfugiés dans les fosses…

 

Pour le reste, il faudra faire avec, rivaliser face "aux éléments" en faisant preuve de ténacité, d'opportunisme, de discrétion en soignant encore plus son approche qu'à l'ordinaire face à des poissons craintifs qui nous verront arriver de loin ! Et profiter ponctuellement des quelques conditions favorables qui se présenteront: coups d'eau, perturbations venant de l'atlantique, et bien sûr des passages éclairs des migrateurs. Avantage aux locaux, donc!

 

Les niveaux d'eau, la météo sont des composantes importantes de notre passion, mais que nous ne maîtrisons pas. Et malheureusement pour nous le scénario a tendance à souvent se répéter depuis une décennie! C'est ainsi. En Bretagne, où il faut le rappeler 80% des ressources en eau sont assurées par les eaux de surface, les rivières sont particulièrement sensibles au manque de précipitations prolongé. Et la disparition du bocage n'a eu pour effet que d'aggraver un peu plus le phénomène, en accentuant l'érosion dû au ruissellement. Les rivières ressemblent à des oueds en période estivale, et se transforment en torrent de boue au moindre coup d'eau, avant de retrouver presque instantanément leur aspect initial, après une décrue éclair! La rivière et ses hôtes ne profitent pas de toute cette eau salvatrice, tombée du ciel. Et là, ce n'est pas de la faute à la météo!

Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 19:21
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